L’appel à la population par la diffusion publique d’un avis de disparition représente la phase ultime de la procédure de recherche. Ces communications aux médias, au nombre de quelques dizaines par année, ne sont en effet qu’une infime partie de l’avalanche d’annonces de disparition enregistrées par la police dans le canton. Il y en a

L’appel à la population par la diffusion publique d’un avis de disparition représente la phase ultime de la procédure de recherche. Ces communications aux médias, au nombre de quelques dizaines par année, ne sont en effet qu’une infime partie de l’avalanche d’annonces de disparition enregistrées par la police dans le canton. Il y en a eu 4244 en 2016, soit environ 400 de plus que l’année précédente, 800 de plus qu’en 2014, selon les 24 Heures.
«Nous faisons la distinction entre les fuites et les disparitions proprement dites», explique Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale. Quelle différence? «Dans 90% des cas, il s’agit de fuites, essentiellement de fugues, de personnes qui quittent sans le dire un établissement auquel elles sont assignées, par exemple pour des soins, une prise en charge de mineurs ou un foyer pour adolescents. S’il y en a autant, c’est parce que les institutions ont l’obligation d’annoncer, et l’adolescent qui se sauve chaque soir, ça fait chaque fois une coche.»

Le droit de disparaître

Les disparitions déclarées par les proches, les voisins ou les employeurs qui s’inquiètent font systématiquement l’objet d’une investigation policière. «Pour autant, on ne va pas alerter chaque fois la terre entière», prévient Jean-Christophe Sauterel. Il rappelle qu’en Suisse une personne majeure saine de corps et d’esprit a parfaitement le droit de disposer d’elle-même, de décider de disparaître, même si elle est mariée et a des enfants. Les investigations seront donc menées en fonction des circonstances.
Alors, si le cas semble effectivement inquiétant, le signalement est diffusé à toutes les patrouilles, ainsi qu’aux gardes-frontière et aux cantons voisins, voire à l’échelle nationale. En cas de contrôle sur la voie publique par exemple, l’agent saura que l’individu en question est signalé disparu. «Si cette personne a les moyens de subvenir à ses besoins, le policier lui dira que ses proches s’inquiètent, qu’il serait bien qu’elle prenne contact avec eux, mais il ne pourra pas la contraindre à le faire. Si l’intéressé refuse, nous contacterons nous-mêmes ses proches. Nous leur dirons que nous avons eu des nouvelles, qu’il ne veut pas entrer en contact avec eux. Nous limiterons le nombre de renseignements que nous leur fournirons.» Ce genre de disparition n’aura pas forcément fait l’objet d’un avis public.

«Pour émettre un avis public de recherche, il faut clairement qu’existe un risque pour l’intégrité physique, psychique ou sexuelle de la personne», insiste la police. «Ce n’est pas un droit qu’auraient les familles. C’est une décision que nous prenons après mûre réflexion. Mais si on vient nous dire à 9 heures du soir qu’une personne âgée avec des problèmes de santé a disparu, l’avis est aussitôt publié. Même chose s’il s’agit d’un enfant, d’un handicapé ou de quelqu’un manifestement fragilisé psychologiquement. Il arrive que la personne soit retrouvée le jour même où l’avis est publié.»
Il demeure que dans les cas les plus préoccupants, la police peut lancer une localisation par le téléphone portable de la personne si elle en a un. Cela avec l’accord des proches, car ce genre d’investigation technique coûte plusieurs centaines de francs et ce sera à eux de l’assumer. A noter que les personnes âgées ne sont l’objet que d’une toute petite partie des annonces de disparition, notamment parce qu’elles sont souvent peu mobiles.

Généralement, ça finit bien

Parfois, c’est la personne disparue qui, plusieurs mois après, compose le numéro indiqué sur l’avis afin de donner de ses nouvelles: «Cela s’est par exemple produit avec quelqu’un qui était parti seul dans le sud de la France.» La police déclare ne pas tenir de statistique quantifiant l’utilité de la publication d’un avis de recherche. Bien sûr, les gens à l’origine de l’annonce sont tenus d’informer lorsque le «disparu» réapparaît.
Sur les 315 disparitions «dures» enregistrées l’an dernier, dont 153 concernaient des mineurs, 285 personnes ont été retrouvées au 31 décembre. La plus grande partie d’entre elles – pas forcément dépressives – saines et sauves. Treize cas ont connu une issue fatale. Et de toutes les fuites ou fugues enregistrées, seules deux se sont résolues par le décès de la personne recherchée.

Sur les réseaux sociaux: les risques d’exposer une personne publiquement

«Nous rendons les proches attentifs à la nécessité d’être conscients qu’exposer une personne publiquement, avec son nom, son âge, son adresse et sa photo, peut avoir des conséquences fâcheuses», souligne Jean-Christophe Sauterel. «Il nous arrive plus souvent de dire non que de dire oui aux familles, car une diffusion peut parfois créer un risque plus important que la simple disparition.»

Le policier cite un cas où la famille évoquait un risque de suicide alors qu’il n’en était rien: «La personne recherchée s’est fâchée. Elle nous a reproché d’avoir publié un avis de recherche. Au moins cela nous a-t-il permis de la retrouver, de rassurer ses proches et de diffuser une révocation de l’avis de recherche.» Autre histoire embêtante: celle d’un jeune adulte qui avait décidé de partir et s’est retrouvé sur la liste des personnes en fuite recherchées.

De fait, l’époque est révolue où journaux, radio et télévision étaient les uniques vecteurs de la diffusion des avis de recherche de personnes disparues. Très présente sur les réseaux sociaux, la police cantonale les utilise évidemment pour augmenter la visibilité de ses communiqués, puisque telle est la finalité.

Publiés notamment sur son site Internet bien sûr, mais aussi sur sa plate-forme Facebook, qui compte 33’000 suiveurs, sur son app et sur Twitter, ces avis de recherche sont vus pratiquement à chaque fois par plusieurs centaines de milliers de personnes. Et ces publications restent visibles aussi longtemps que la personne n’a pas été retrouvée. Elles sont répercutées par d’innombrables internautes et se retrouvent sur toutes sortes de sites de recherche, notamment ceux axés sur la chasse aux pédophiles lorsqu’il s’agit d’un enfant. «Sur notre page Facebook, l’avis de recherche d’un enfant de 11 ans a récemment été vu par 40’000 personnes et partagé par 2500 en 1h40.»

Tout serait pour le mieux si l’avis de révocation mis en ligne par la police aussitôt que la personne recherchée a été retrouvée, avis par lequel elle demande de ne plus utiliser sa photo, était tout aussi rapidement répercuté. Ce n’est hélas pas toujours le cas.

Il suffit parfois de taper le nom de l’intéressé dans un moteur de recherche pour s’en convaincre en tombant sur l’avis de recherche accompagné de sa photo.

La procédure pour retirer ces informations est pour le moins compliquée. La police n’a pas directement la main pour le faire, mais c’est auprès d’elle que s’adressent les mécontents. «Tout cela peut avoir des effets sur l’avenir d’une personne, déplore le porte-parole de la police. Aussi faisons-nous plus attention qu’avant à ce que nous diffusons. Pour les mineurs, nous n’indiquons par exemple que le prénom. Notre souci, c’est la personne disparue, pas les proches qui veulent la retrouver.»